Entretien avec Lisko autour du projet intergénérationnel








Dans le cadre d'un projet artistique intergénérationnel, une classe de CP de l’école Saint-Georges et des séniors de la résidence Robert Chevardé ont uni leurs voix et leurs talents autour de la musique. Accompagnés par l'artiste Lisko, enfants et aînés ont partagé des ateliers de chant, d'écriture et de composition pour créer ensemble une chanson sur la thématique de la mémoire du quartier. Retour sur cette belle aventure humaine et musicale avec l’artiste Lisko.
Comment t’es-tu retrouvé au cœur de ce projet ? Avais-tu déjà participé à une action culturelle avec L’Autre Canal ?
Je participe à des actions culturelles depuis une dizaine d'années, mais celle-ci était ma première en collaboration avec L'Autre Canal. Je me suis retrouvé dans cette action culturelle grâce à Lorraine, avec qui j'avais rendez-vous pour discuter de plusieurs actions. Le hasard a fait que je me suis retrouvé sur ce projet suite au désistement d'un autre artiste. Mais finalement, les choses sont bien faites, car j'ai vraiment été ravi qu'elle me propose un projet intergénérationnel. J'avais déjà eu l'occasion d'en faire par le passé, et j'ai donc tout de suite été emballé par l'idée !
Au-delà du fait que tu avais déjà une certaine expérience dans ce type de projet, qu’est-ce qui t’a motivé à y participer ?
Aujourd'hui, je suis artiste, mais je me considère aussi professionnel à mi-temps dans l’action culturelle. Dans le sens où la transmission a toujours été quelque chose d'essentiel dans ma pratique artistique, et c'est quelque chose qui me nourrit. Déjà, de fait, les actions culturelles me parlent, il n'a pas fallu beaucoup d'arguments pour me convaincre. Comme cela faisait un moment que je n'avais pas fait d'action intergénérationnelle, je me suis dit super, car c'est quelque chose que j'ai beaucoup apprécié par le passé, donc c'était une aubaine pour moi.
Peux-tu nous expliquer ton rôle dans ce projet ?
Mon rôle se situe vraiment sur le côté opérationnel au cours du projet, mais aussi en amont. C'est-à-dire que lorsqu’une structure arrive et me présente un projet, elle me donne les grandes lignes et me laisse un espace d’imagination pour pouvoir affiner et l’emmener un peu où je veux, en fonction de mon expérience et de ma sensibilité artistique. C'est ce que je trouve intéressant dans l'action culturelle : on a des objectifs et une mission, mais on nous laisse assez de liberté pour pouvoir s’y insérer avec notre personnalité.
Donc, pour moi, ça a été assez simple, il a suffi de me dire que l'objectif était de créer un morceau entre des personnes âgées et des élèves d’une école primaire sur la thématique de la mémoire du quartier. Et donc, c'était à moi d’imaginer comment gérer cette osmose-là, comment faire en sorte que les enfants et les anciens se rencontrent, se racontent et puissent l’exprimer en chanson.
C'est tout mon travail qui commence à ce moment-là. Je dois donc les accompagner lors des ateliers d’écriture, puis je dois composer le morceau, on l’enregistre, et ensuite je fais un mix et un mastering. À ce moment précis, je peux l’emmener encore plus loin, car les voix et les prises vont m’inspirer quelque chose d'autre. À savoir qu’à un moment donné dans le processus d’écriture, j'emmène une instrumentale, je les pousse à trouver une mélodie vocale, et ensuite j’enregistre une maquette dont ils vont se nourrir et s’inspirer comme ils le peuvent et comme ils le veulent. Donc c’est assez riche en termes de processus et d’étapes.
Comment as-tu vécu cette expérience ?
Je l’ai très très bien vécue, cette expérience, dans la mesure où j’arrive dans un univers où il y a des personnes âgées adorables qui ne demandent qu’à avoir un lien avec la musique et l’écriture, mais qui apprécient aussi se raconter. Je n’invente rien quand je dis ça, on le sait tous, les personnes âgées adorent se raconter, donc là elles n'attendaient que ça ! D’un autre côté, on a des enfants avides de culture et de musique. Le lien se fait vraiment tout seul, il y a eu un tel attachement qu’on n’a pas eu envie que le projet se termine.
Alors, je l’ai vécu pleinement, en savourant chaque instant, avec beaucoup de rires, de moments de réflexion… Des moments intenses ! Surtout quand les anciens racontent leurs souvenirs, on est plongé dans leur époque. Et puis, quand les enfants racontent leurs projections, on est plongé dans un truc hyper naïf, mais finalement, quand on regarde l’évolution du monde, on se dit qu’ils ont peut-être compris quelque chose. Donc voilà, moi, je l’ai vécu comme une expérience vitalisante.
Qu’est-ce que ce projet t’a apporté ? Autant sur le plan professionnel que personnel.
Sur le plan professionnel, ça m’a poussé à me remettre en question, déjà au niveau de ma pédagogie. On se demande comment réussir à transmettre un savoir à des novices. Surtout qu’on a un public hétérogène, donc on doit en même temps parler aux enfants sans les exclure par le langage, c’est-à-dire se mettre à leur hauteur. Et en même temps, parler à des personnes âgées sans les infantiliser, bien que ce soient aussi des grands enfants ! C’est une remise en question constante et donc une progression.
Puis, par rapport à la musique, ça m’a poussé à sortir de ma zone de confort. Moi, j’ai mon esthétique en tant qu’artiste, c’est-à-dire que si on me dit « tu dois faire une compo de métal pour ce projet », ce que j’ai déjà fait, ça me pousse à devoir me surpasser, me replonger dans le style. C’est un peu comme le métier d’acteur, finalement, on apprend un rôle et on se plonge dans un personnage. C’est quelque chose qui te déstabilise un peu et moi j’adore ça ! Et donc j’en ressors avec de nouvelles compétences, une nouvelle façon de composer, c’est hyper stimulant.
D’un point de vue plus personnel, c’est une tempête d’amour qui est immédiate. Les enfants n’ont pas de filtre et les anciens non plus. Donc si c’est nul, tu vas le savoir très vite, soit ils vont se désintéresser, soit ils vont en redemander. Humainement, c’est une expérience que je recommande à chaque artiste, il faut le vivre pour le comprendre.
Est-ce que tu pourrais nous raconter un moment marquant ?
Je dirais le jour de la restitution. Quand les séniors sont arrivés, les gamins les ont accueillis comme des rock stars, ils les acclamaient comme si c’était Tina Turner ou Elton John, ils étaient complètement fans ! Et les personnes âgées rentraient dans ce rôle de star. Les enfants étaient aussi très attentifs, ils étaient attentionnés et à l’écoute de leurs aînés, ils leur tenaient la main pour monter sur scène, par exemple. Et au-delà même de la qualité de création musicale, on a réussi ça, et c’est le plus important dans ce projet.
Serais-tu prêt à participer à d’autres actions culturelles avec L’Autre Canal ?
Oui, dans la mesure où aujourd’hui c’est ce qui occupe la moitié de mon temps, donc oui, oui, tout à fait. Cette année, j’ai la chance d’être reconduit dans la même action culturelle, cette fois-ci avec une autre école primaire. Les personnes âgées sont revenues et prennent toujours autant de plaisir. De façon globale, oui, les actions culturelles, j’en ferai tant que je le peux, et avec grand plaisir !